Nos Coups de Coeur / Нам Нравится #8 – Kipling’s “We and They” & Pico Iyer’s “Where is Home?”

by Jean-Philippe on August 6, 2015

in Musings,Video,We Like It !

We and They

Dans notre série coups de cœur, ce n’est pas un mais deux morceaux choisis que nous avons retenus cette fois.

Il y a un poème de Rudyard Kipling, dont nous n’avons pu trouver une traduction en français ni en russe et que nous présentons donc dans sa beauté originale.  “Nous et Eux” livre sur un ton badin une réflexion profonde sur l’étrangeté, qui touche particulièrement notre corde sensible d’apatrides.

Pour celui qui n’a jamais quitté sa terre natale, il est facile de définir l’étranger – c’est simplement l’autre, par opposition au soi, le eux par rapport au nous, la tradition et la coutume opposées à la nouveauté et à la différence. Non seulement l’étranger est ridicule dans sa méconnaissance de nos usages, mais de plus l’insolite se permet l’insolence de penser que nous aurions, nous aussi, de curieuses pratiques ?

Et le poème de Kipling de finir par une pirouette, une ellipse en forme de tour du monde, au bout duquel le voyageur imprudent se retourne vers sa patrie qui n’en est déjà plus une, embrasse le regard neuf de l’étranger, et se découvre aussi proche des confins que du centre dans la réalisation d’une humanité universelle.

***

Le deuxième morceau est une conférence TED de Pico Iyer, un essayiste et écrivain né Britannique et d’ascendance indienne – comme le synthétise Wikipedia, qui oublie cependant de mentionner sa vie passée dans de multiples pays et sa passion pour autant de cultures supplémentaires.
Pico Iyer s’attache à la question de définir ce qui fait notre patrie, notre chez soi, notre monde – tous concepts que le mot anglais “home” englobe bien mieux que ne le fait le français.

On est dans le même questionnement que chez Kipling : qu’est-ce qui fait que j’appartiens à un groupe plutôt qu’à un autre ? Pourquoi devrais-je choisir une appartenance, une identité contre une autre ? Et tant qu’à choisir, pourquoi ne pas les absorber multiples voire toutes ?

Dans son discours, Pico fait ainsi une déclaration d’amour à la diversité et au voyage : “J’ai toujours ressenti la beauté d’être cerné par l’étrangeté comme la gifle qui vous tient en alerte. Vous ne pouvez rien considérer comme acquis. Voyager pour moi est un peu comme être amoureux, car soudain tous vos sens sont en éveil. Soudainement, vous êtes attentifs aux motifs secrets du monde. Le vrai voyage de la découverte, selon le mot fameux de Marcel Proust, consiste non pas à voir de nouveaux lieux, mais à observer avec un regard nouveau. Car bien sûr, une fois que votre regard a changé, même les endroits déjà visités, et jusqu’à votre foyer, s’en retrouvent changés également.”

La beauté du coup de cœur de ce soir, c’est d’avoir trouvé chez d’autres les mots qui nous habitent – et que nos proches ne comprennent pas quand c’est nous qui les prononçons.

Nous, que nos pays ou parents peuvent accuser d’abandonner nos racines quand nous les avons simplement projetées au dehors.

Nous, qui avons justement mélangé deux lignées humaines séparées par deux mille ans d’histoire et de géographie dans la chair de quatre beaux enfants.

Des enfants qui ne sont ni Français ni Russes et qui ont déjà passé, ensemble, près de la moitié de leur vie en Asie.

Afin que ces enfants grandissent avec au fond du cœur la curiosité du voyage, la wanderlust authentique, et l’envie des amours sans frontières.

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We and They

“A Friend of the Family”
From “Debits and Credits”(1919-1923)

Father and Mother, and Me,
  Sister and Auntie say
All the people like us are We,
  And every one else is They.
And They live over the sea,
  While We live over the way,
But-would you believe it? --They look upon We
  As only a sort of They!

We eat pork and beef
  With cow-horn-handled knives.
They who gobble Their rice off a leaf,
  Are horrified out of Their lives;
While they who live up a tree,
  And feast on grubs and clay,
(Isn't it scandalous? ) look upon We
  As a simply disgusting They!

We shoot birds with a gun.
  They stick lions with spears.
Their full-dress is un-.
  We dress up to Our ears.
They like Their friends for tea.
  We like Our friends to stay;
And, after all that, They look upon We
  As an utterly ignorant They!

We eat kitcheny food.
  We have doors that latch.
They drink milk or blood,
  Under an open thatch.
We have Doctors to fee.
  They have Wizards to pay.
And (impudent heathen!) They look upon We
  As a quite impossible They!

All good people agree,
  And all good people say,
All nice people, like Us, are We
  And every one else is They:
But if you cross over the sea,
  Instead of over the way,
You may end by (think of it!) looking on We
  As only a sort of They!

***

playing together

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